La grande distribution face à la décarbonation

Publié le 10/08/2023  4 minutes de lecture

par la rédaction de decarbonation2030
Si la grande distribution a réduit ses émissions directes de gaz à effet de serre, beaucoup reste à faire sur les émissions indirectes. Elles représentent plus de 90 % du bilan carbone du secteur.
Intérieur d’un supermarché
Adoptée par la France en 2015, puis revue en 2020, la Stratégie nationale bas carbone fixe à la grande distribution un objectif de baisse de 30 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Le Dispositif Eco Efficacité Tertiaire publié en 2019 impose une réduction des consommations énergétiques progressive pour les bâtiments tertiaires de plus de 1000 m² de -40 % en 2030, -50 % en 2040 et -60 % d’ici 2050. Un véritable challenge.  

Cela impose au secteur de construire des magasins moins gourmands en énergie et de mieux gérer les fluides nécessaires à leur fonctionnement. Les bâtiments représentent environ 33 % des émissions de gaz à effet de serre. « Nous nous y attachons depuis dix ans », se félicite Franck Charton, directeur général de Perifem (Fédération technique du commerce et de la distribution). Nous avons publié dès 2014 un guide pour les scopes 1 et 2 (voir encadré). Notre site  www.magasinresponsable.com recense plus de 2 000 initiatives de commerçants ».  

Un protocole de sobriété qui fait ses preuves

 

En une décennie, la fermeture des meubles frigorifiques et la limitation des fuites de fluides auraient fait passer le poids de ce poste de 30 % à 5 % des émissions directes d’un magasin. L’investissement représente 500 M€ par an jusqu’en 2030.  

Le « protocole de sobriété » en vigueur depuis le 15 octobre 2022 répond à un problème de pénurie d’électricité, mais va dans le bon sens en matière de décarbonation avec par exemple la baisse du chauffage, de l’intensité lumineuse, la coupure du renouvellement d’air la nuit… « Nous avons mis en place une version été du protocole », affirme  Franck Charton. « Nous avions annoncé des économies d’électricité de 10 %. Nous sommes proches des 15 %. Nous allons aller plus loin, car la réussite de cette initiative a incité les acteurs à faire des choses qu’ils pensaient impossibles ».  

Les enseignes travaillent actuellement sur les emballages afin de réduire les volumes et d’utiliser des matériaux recyclables. L’Ilec (Institut de liaison des entreprises de consommation), le Pacte National Emballages Plastiques et la Perifem ont lancé en mai 2023 un plan de travail pour développer l’offre vrac.  

Vers des supermarchés à taille humaine proches des lieux de vie

 

Le transport représente une piste importante, qu’il s’agisse de l’acheminement des marchandises, avec bien sûr un développement des circuits courts, ou des conditions d’accès de la clientèle. La provenance des marchandises constitue aujourd’hui un critère de consommation, et peut-être demain de référencement.  

Le modèle de la zone commerciale construite en périphérie des villes, sur des terres agricoles, avec une accessibilité pensée pour la voiture, représente l’exemple type de ce qu’il ne faut plus faire. Pour Franck Charton, « ce modèle est en perte de vitesse depuis une dizaine d’années ».  

La loi « Climat et résilience » fixe un objectif de zéro artificialisation nette. Des solutions existent, comme la verticalisation des commerces et parkings. Les supermarchés à taille humaine regagnent du terrain par rapport aux vastes hyper. Ils peuvent s’implanter en ville, sur des friches ou en pied d’immeubles, laissant la part belle aux transports doux (vélos, marche) ou en commun. 

Scope 3 : tout reste à faire

 

« Il nous reste un problème important à résoudre, le plus complexe à mettre en place, le scope 3, c’est-à-dire les produits que nous vendons », s’inquiète Franck Charton. « Cela représente plus de 90 % de notre bilan carbone. C’est notre préoccupation numéro un, un sujet que nous partageons avec les industriels. Nous devons avancer ensemble et inclure les consommateurs dans cette démarche ».  

Réseau Action Climat a publié en février 2023 une étude portant sur l’impact environnemental des produits alimentaires vendus par Auchan, Carrefour, Casino, Intermarché, Leclerc, Lidl, Monoprix et Système U. « Aucune enseigne n’a une note supérieure à 10/20. L’ensemble de la grande distribution constitue un frein à la transition vers une alimentation durable, en incitant à la surconsommation de viande et de produits laitiers, provenant en immense majorité de modes de production intensifs. 92 % des plats préparés contiennent de la viande ou du poisson », constate le rapport.  

Faut-il bannir les viandes provenant d’élevages intensifs, déréférencer les produits fabriqués au prix de la déforestation ? « La végétalisation d’une partie de l’offre, privilégier les produits à bas bilan carbone dans les promotions ou sur les cartes de fidélité, le déréférencement des producteurs qui refusent de s’engager constituent de vrais sujets », estime Franck Charton. « Nous en sommes aux balbutiements ».  

 

par la rédaction decarbonation2030

A quoi correspondent les scopes? 

Scope 1 : émissions de gaz à effet de serre produites par l’entreprise.

Scope 2 : émissions indirectes liées à l’énergie.

Scope 3 : émissions indirectes qui ne sont pas sous le contrôle de l’entreprise.